Le burnout ou syndrome d’épuisement professionnel – est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Dans la presse grand public, dans les discussions entre collègues autour de la machine à café… et bien sûr dans les cabinets des médecins.
Et pourtant, le burnout ne figure dans aucune des classifications actuelles des troubles mentaux. Il est absent des deux grandes nomenclatures internationales de référence, DSM-V (5ème édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) de l’American Psychiatric Association et du CIM- 10 (10ème révision de la Classification Internationale des Maladies) de l’Organisation Mondiale de la Santé.
Prévalence de la souffrance psychique liée au travail dans la population française
Après les affections de l’appareil locomoteur, la souffrance psychique causée ou aggravée par le travail est le deuxième groupe d’affections d’origine professionnelle décrit dans la population salariée active dans le programme de surveillance des MCP (Maladie à Caractère Professionnel) de Santé publique France.
On sait aujourd’hui identifier les facteurs de risque : la probabilité d’un signalement d’une souffrance psychique en lien avec le travail augmente avec le statut du patient (prévalence plus importante chez les cadres que chez les ouvriers), et le célibat ou une récente séparation sont des facteurs aggravants.
Conflits de valeurs, perte de sens liée à son activité, harcèlement moral, management brutal, absence de valorisation personnelle ou injonctions contradictoires de la part des supérieurs sont autant de facteurs déclenchant.
Toutefois, le diagnostic différentiel entre burnout et troubles dépressifs, en lien direct avec le travail ou aggravé par celui-ci, reste difficile à poser, et doit mener à une certaine prudence dans l’analyse des chiffres.
Symptômes du syndrome de l’épuisement professionnel
Le burnout se traduit par un « épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel » (1). Le patient peut présenter de manière cumulative cinq typologies de symptômes :
- manifestations émotionnelles (peurs mal définies, tensions nerveuses, irritabilité ou absence d’émotion…) ;
- manifestations physiques (troubles du sommeil , fatigue chronique, tensions musculaires avec douleurs rachidiennes, variation de poids, maux de tête, nausées, vertiges…) ;
- manifestations cognitives (diminution de la concentration, difficultés à réaliser plusieurs tâches à la fois, à prendre des décisions…) ;
- manifestations comportementales (repli sur soi, isolement social, comportement agressif, ressentiment et hostilité à l’égard des collaborateurs et comportements addictifs : tabac, alcool, tranquillisants, drogues…) ;
- manifestations motivationnelles (désengagement progressif, baisse de motivation et du moral, effritement des valeurs associées au travail, doute sur ses compétences, remise en cause professionnelle, dévalorisation).
Quelle place pour la cure dans la prise en charge du burnout?
Pour être la plus efficace, la cure doit être prescrite le plus en amont possible.
Les effets de la cure sont plus rapidement perceptibles sur un trouble anxieux modérément décompensé. À l’inverse, dans le cas d’un trouble anxieux décompensé sévère, il faudra envisager la prescription de la cure sur 2 ou 3 ans consécutifs.

Trouver et réserver une cure thermale psychosomatique
Dans la prise en charge du burnout, comme pour les états dépressifs, le protocole thermal implique une combinaison de bains, de douches générales au jet, de massages sous l’eau et de bains en piscine.
Des séances de relaxation, des ateliers de gestion du stress et des entretiens individuels viennent compléter les soins. La cure présente le grand avantage pour le patient de ne pas être stigmatisante : contrairement à l’hospitalisation, qui peut être difficile à gérer notamment dans la relation à ses proches, la cure, même si elle dure 3 semaines, est plus facile à « justifier » et à assumer.
La cure présente le grand avantage de ne pas être stigmatisante.
De plus, c’est un espace neutre, dans lequel le patient se sent en sécurité, loin des stresseurs. Il n’hésite pas à se confier en toute sérénité. C’est un moment propice à l’introspection et à la prise de décision : nombreux seront les curistes qui pourront effectuer un choix de vie pendant cette « coupure », et s’éloigner à leur retour d’environnements toxiques. La cure thermale peut également aider les patients à se sevrer (2) : une des manifestations comportementales possibles du burnout étant l’adoption de comportements addictifs, la cure semble toute indiquée pour accompagner les patients dans la réduction progressive de leur consommation de substances nocives.
La littérature sur le sujet montre une tendance à l’automédication à base de psychostimulants (amphétamines, cocaïne, caféine, moda nil…) pour tenter de recouvrer un niveau élevé de performances professionnelles, et également à augmenter leur consommation d’alcool et d’anxiolytiques pour réduire l’angoisse (3). Ces conduites addictives, mais également les manifestations somatiques induites par le burnout (hypertension artérielle, douleurs chroniques…), peuvent être améliorées par la prise en charge globale proposée en cure thermale.
Le point de vue de l’expert : Dr Olivier Dubois
Médecin psychiatre, médecin thermal, établissement thermal de Saujon.
« On constate une forte augmentation du nombre de curistes venant en station pour une indication de burnout. »
Pour le Dr Dubois, il y a une nette augmentation des prescriptions de cure pour un motif de burnout : aujourd’hui, 20 % des 4 200 curistes qui se rendent chaque année dans la station de Saujon sont traités pour cette pathologie. Toutefois, le burnout, qui est une sorte de trouble de l’adaptation, est très proche du trouble anxieux généralisé dans son expression. Seule la cause diffère, ainsi qu’un sentiment d’impasse, et d’incapacité à se projeter dans un retour à la vie sociale – et à une activité professionnelle.
Si le symptôme d’épuisement professionnel perdure, le Dr Dubois estime qu’il faut chercher ailleurs les causes du trouble : beaucoup de facteurs, extérieurs à la sphère professionnelle, peuvent entretenir l’état dépressif et empêcher une amélioration. Attention car l’environnement de travail, s’il est bien souvent le premier révélateur de la situation de souffrance, n’est pas toujours le seul facteur à prendre en compte dans l’analyse causale.
Objectif prévention
On parle de notion de processus lorsque l’on évoque l’apparition d‘un syndrome d’épuisement professionnel : il s’agit d’un processus de dégradation du rapport de l’individu à son travail au bout duquel, complètement vidé de ses ressources, il « s’écroule » (4).
Le mieux est bien sûr d’agir en amont. Pour cela il est important de reconnaître les signes : troubles du sommeil, angoisses, état de fatigue chronique, troubles de la concentration et changement de comportement, sont autant de symptômes qui peuvent alerter le médecin. Du côté de l’entourage professionnel, baisse de la performance, erreurs répétées, dépersonnalisation et perte de motivation doivent être autant de signaux inquiétants. Un salarié ambitieux et impliqué sombrant peu à peu dans une indifférence chronique sans raison apparente doit susciter l’inquiétude.
Cet état intermédiaire est marqué par la baisse des capacités professionnelles du sujet et l’augmentation de sa sou rance. S’il est encore en mesure de se rendre au travail, son quotidien est marqué par une gêne permanente. C’est le moment d’effectuer une cure préventive, avant l’apparition de symptômes plus invalidants.
La prescription
Seulement 5 stations thermales possèdent l’agrément troubles psychosomatiques (PSY) en France. Elles utilisent des eaux minérales naturelles pauciminéralisées, calciques et magnésiennes, et certaines possèdent en outre du lithium dans leur composition, dont l’activité thymorégulatrice est bien connue (5).
Certaines d’entre elles proposent également des modules spécialisés dans la prise en charge du burnout. Des mini-cures existent aussi, qui peuvent être utiles à des fins de prévention ou de stabilisation du patient « post-burnout ».
(1) Schaufeli WB, Greenglass ER. Introduction to special issue on Burnout and health. Psychol Health 2001;16(5): 501-10.
(2) Étude SPECTh. «Sevrage de psychotropes par éducation psychothérapique en cure thermale» Investigateur principal Docteur Olivier Dubois – 2013.
(3) Rapport de l’Académie nationale de médecine sur le burnout. Texte adopté en séance le 23 février 2016.
(4) Guide d’aide à la prévention publié par l’INRS, l’ANACT et la DGT: «Le syndrome d’épuisement professionnel ou burnout: mieux comprendre pour mieux agir» 2015.
(5) «La Médecine thermale – Données scientifiques» Pr Patrice Queneau, Pr Christian François Roques / Chapitre 31 «Addictions» par le Dr Olivier Dubois. Editions John Libbey 2018.