La cure “affections digestives et maladies métaboliques” offre une alternative à la prise en charge habituelle du surpoids et de l’obésité. Le programme associe les soins thermaux aux principes de “bien manger et bien bouger” tout en accompagnant le curiste dans la poursuite de ses nouvelles habitudes.
Enfant, adolescent, adulte… Tout le monde, à n’importe quel âge de la vie, peut être touché par le surpoids et l’obésité. En France, 54 % des hommes et 44 % des femmes sont en surpoids ou obèses (IMC ≥25) et la prévalence de l’obésité (IMC ≥30) est estimée à 17 %, sans distinction entre les genres (étude ESTEBAN, 2014-10216). Souvent liés à des troubles du comportement alimentaire, des problèmes métaboliques et/ou une mauvaise hygiène de vie, ils peuvent trouver une réponse adaptée dans la médecine thermale, qui permet une prise en charge pluridisciplinaire.
Considérée comme une maladie, l’obésité est souvent la conséquence d’un apport alimentaire trop important par rapport à une dépense énergétique insuffisante. « C’est une maladie qui est la conséquence de plusieurs facteurs» précise le professeur Jean- Michel Lecerf médecin nutritionniste, spécialiste en endocrinologie et en maladies métaboliques et chef du service nutrition de l’institut Pasteur de Lille. « Elle peut aussi être la conséquence de problèmes vécus pendant la grossesse, de troubles psychologiques, troubles du comportement alimentaire, hormonaux, métaboliques, etc. » Outre les facteurs génétiques, la sédentarité et une mauvaise hygiène de vie peuvent entraîner surpoids et obésité.
Trouver et réserver une cure thermale « affection digestive et maladies métaboliques ».
La prise en charge recommandée est triple : modifications alimentaires plus ou moins restrictives, activité physique régulière et accompagnement de la motivation.
La cure thermale : une prise en charge qui a fait ses preuves
Plus de 50 ans d’expérience dans la prise en charge du surpoids et de l’obésité ont permis à la médecine thermale de développer une grande expertise aussi bien dans la diététique que dans l’activité physique. Chez l’enfant, comme chez l’adulte, combattre le surpoids, l’obésité et l’inactivité physique est un acte de prévention vis-à-vis de l’altération de la qualité de vie et du risque de morbi-mortalité auxquels ils s’exposent.
Ainsi, l’étude MAATHERMES, qui compare cure thermale et traitements habituels du surpoids et de l’obésité chez l’adulte, démontre qu’une cure thermale de trois semaines est plus efficace qu’un accompagnement classique pour une perte de poids significative et durable.
En effet, outre ses effets spécifiques liés aux mécanismes d’action des produits thermo-minéraux, la cure thermale favorise la démarche d’éducation/rééducation, crée une rupture dans les habitudes alimentaires et l’activité physique, et peut être le lieu d’une éducation thérapeutique (ETP) adaptée. De plus, « La cure thermale a un effet renforçateur des actions menées par ailleurs tout au long de l’année », ajoute le Dr Lecerf.

Soins thermaux et éducation à la santé : le duo gagnant
En cure, la prise en charge du surpoids va se faire à travers un programme complet proposé et suivi par le médecin thermal et le diététicien :
– soins quotidiens (bains, douches, cataplasmes…) qui vont apporter des bienfaits biologiques (circulation améliorée, action sur les dépôts cellulitiques) et physiques (mobilité favorisée avec des massages) ;
– alimentation adaptée ;
– cure de boisson pour l’effet « coupe faim » et diurétique des eaux thermales ;
– pratique d’une activité physique (aquagym, aquabike…).
La cure conventionnée de 3 semaines permet d’installer le programme dans un temps long qui laisse la place à l’adhésion et aux premiers résultats visibles, qui vont être une source de motivation clef pour le curiste.
« La cure est bénéfique car elle offre un temps pour soi, et pour réfléchir à sa problématique » explique Nathalie Négro, responsable d’un centre nutritionnel. Certains patients sont tournés vers les autres et s’oublient un peu. Le programme permet de diminuer le niveau de stress jusqu’à 11 mois après la cure. Enfin, le patient peut avancer ou rebooster sa perte de poids, et faire de sa cure un tremplin pour modifier ses habitudes.
Au-delà des soins, l’environnement de la cure est particulièrement propice. Les patients échangent entre eux dans des groupes homogènes favorisant la socialisation et la confiance en soi. La prise en charge est menée par une équipe pluridisciplinaire : médecin thermal, diététicien, psychologue, kinésithérapeute, éducateur en activités physiques adaptées…
L’importance de la pratique sportive
Quel que soit l’âge des curistes, le sport est fortement recommandé lorsque l’on recherche une perte de poids. Outre ses bienfaits sur le plan physique, il renforce le mental et offre un sentiment de satisfaction à chacun.
« L’activité physique, en agissant sur la gestion du stress, réduira les envies de manger entre les repas (souvent des envies de sucre), et elle augmentera aussi la motivation à modifier son alimentation » poursuit Nathalie Négro. « De même, une alimentation plus équilibrée améliorera les performances physiques et réduira les risques de blessures».
Parmi les activités proposées pour accompagner l’amaigrissement : marche, gymnastique, yoga, etc.
Installer la pratique sportive dans le quotidien des patients
Interview de Kévin Eugene, éducateur sportif et responsable de la salle d’activités physiques dans un établissement thermal
Pourquoi le sport est-il si important dans une cure sur l’amaigrissement ? K.E. : Le sport augmente la dépense énergétique, puise dans la masse grasse et maintient la masse musculaire : il optimise l’utilisation des substrats énergétiques et favorise donc l’amaigrissement.
En quoi consiste le programme sportif ?
K.E. : L’objectif des activités développées à l’espace d’activité physique des thermes est de donner envie de poursuivre l’activité physique à la maison. Nous orientons les curistes sur les différentes activités possibles en fonction de leurs problèmes de santé ; nous leur tenons un discours positif, alors qu’ils arrivent souvent avec un discours négatif. Endurance, renforcement musculaire, étirements, relaxation, détente… L’idée est de les aider à trouver l’activité correspondant à leurs goûts et leurs capacités.
Une réponse alternative adaptée aux jeunes
Chez les 6-17 ans, la prévalence du surpoids (obésité incluse) est estimée à 17 %, dont 4 % d’obèses* avec toutes les conséquences défavorables sur la santé auxquelles ils s’exposent à court et long termes.
Le régime, qui reste la prise en charge la plus courante face au surpoids, repose sur le niveau d’apports calorique et la durée pouvant, notamment, entraîner des troubles du comportement alimentaire, voire une insuffisance d’apports vitaminique et minéral. Il demande par ailleurs beaucoup de psychologie et de disponibilité.
« Dans le cas de surcharge pondérale ou d’obésité modérée chez l’enfant, si la composante génétique n’est pas trop importante, des consultations spécialisées peuvent donner de bons résultats, à condition de ne pas culpabiliser l’enfant et de tenir compte de l’environnement familial, notamment de son comportement alimentaire. Il est essentiel de prendre en compte la dimension psychologique de la maladie et d’établir une relation de confiance avec l’enfant. Il faut faire très attention à ne pas générer une réaction obsessionnelle ou, au contraire, de rejet de l’enfant. Si
une bonne coopération des parents le permet, il est aussi important de les faire participer et de dire à l’enfant : tes parents s’occupent de toi et c’est avec eux que tu pourras te faire du bien », précise le Dr Jean-Michel Lecerf** (chef du service Nutrition et activité physique, Institut Pasteur, Lille).
Au vu des difficultés souvent rencontrées lors de la prise en charge du surpoids et de l’obésité chez l’enfant, la cure thermale, qui permet une prise en charge globale et un accompagnement de l’enfant, y compris l’ETP, représente une option adaptée et efficace.

*Étude ESTEBAN 2014-2016, Santé publique France
** Le Dr Jean-Michel Lecerf est l’auteur de deux livres récents :
« Le surpoids, c’est dans la tête ou dans l’assiette ? », Éditions Quae, 2019 et « Nutrition des enfants, arrêtons de faire n’importe quoi ! », Éditions Albin Michel, 2019